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Troisième République (France)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

(Redirigé depuis Troisième République)
Pour l'organisation du régime, voir l'article Lois constitutionnelles de 1875.

République française

Troisième République


Second Empire
République alsacienne des conseils
1870 — 1940
Régime de Vichy
Troisième Reich
France libre

Drapeau Armoiries



Informations générales
 Statut République
 Capitale Paris
 Langue(s) Français
 Religion(s) {{{religion}}}
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 PIB/hab. {{{pib hab}}}
 Monnaie {{{monnaie}}}
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Population et densité
 1872 37 653 000 habs.
 1914 41 630 000 habs.
 1918 38 670 000 habs.
 1938 41 560 000 habs.
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Superficie
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Histoire et événements
 4 septembre 1870 Proclamation de la République
 mai-juin 1940 Défaite de la France
 10 juin 1940 Départ de Paris du Gouvernement
 16 juin 1940 Philippe Pétain Président du Conseil
 22 juin 1940 Armistice
 10 juillet 1940 Pleins pouvoirs à Pétain
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Pouvoir exécutif
   Président
 (1e) 1871-1873 Adolphe Thiers
 (De) 1932-1940 Albert Lebrun
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Pouvoir législatif
 Parlement Parlement français
 Chambre haute Sénat
 Chambre basse Chambre des députés
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Entités précédentes Entités suivantes
Empire français Empire français
Rép. d'Alsace-Lorraine Rép. d'Alsace-Lorraine
Régime de Vichy Régime de Vichy
Troisième Reich Troisième Reich
France libre France libre
Histoire de France

Antiquité

Moyen Âge

Époque moderne

Époque contemporaine

Voir aussi :

Chronologie de la France

La Troisième République est le premier régime français à s'imposer dans la durée depuis 1789. Après la chute de la monarchie absolue, la France a expérimenté sans succès sept régimes politiques en 80 ans. Ces difficultés contribuent à expliquer les hésitations de la chambre des députés, qui va mettre neuf ans, de 1870 à 1879, pour trouver la voie du nouveau régime. Les délibérations vont progressivement aboutir à instaurer une république parlementaire de type bicaméral, Assemblée Nationale et Sénat ayant quasiment les mêmes prérogatives.

La définition des caractéristiques du régime est elle-même marquée par les évènements passés. La rigidité du comte de Chambord, qui rappelle celle des derniers rois, achève de discréditer toute monarchie constitutionnelle. Ce modèle a déjà échoué par trois fois et a coûté la vie à son brillant promoteur Antoine Barnave. De plus, la conclusion des deux premières républiques par la dictature d’un empereur milite pour une limitation du pouvoir exécutif : Le coup d’état de Napoléon III, premier président élu au suffrage universel masculin, est encore un souvenir vivace. Sous la troisième République, le président aura un rôle essentiellement représentatif.

Dans un premier temps, la dynamique créée va implanter en France une solide tradition républicaine, grâce en particulier à l'école obligatoire, publique et laïque. Dans un second temps, l'usure et un affrontement éprouvant avec l'Allemagne vont mettre en évidence les conséquences néfastes d'un affaiblissement trop marqué du pouvoir exécutif et entraîner la chute du régime.

Sommaire

[modifier] Les hésitations initiales: ce sera une République (1870-1879)

[modifier] La liquidation de la guerre franco-allemande de 1870

[modifier] Le gouvernement de la Défense nationale

Guerre franco-allemande, bataille de Mars-la-Tour
Gambetta proclamant la République aux Tuileries (4 septembre 1870)

Au cours de la guerre de 1870, les opérations militaires aboutissent à la défaite et à la capture de l'empereur Napoléon III à Sedan. L'opposition parlementaire, surtout républicaine, menée par Léon Gambetta parvient à mettre en place un gouvernement provisoire, dit de la Défense nationale. La République est proclamée le 4 septembre, au balcon de l’hôtel de ville de Paris. Un gouvernement de la Défense nationale est constitué avec à sa tête le général Trochu. Sont également membres de ce gouvernement Jules Favre, Jules Ferry, Léon Gambetta, Ernest Picard, Henri Rochefort, Jules Simon, tous élus de Paris.

L'armée de Bazaine résiste toujours dans Metz assiégée. Paris est également assiégée à partir du 19 septembre. Le 7 octobre Gambetta quitte Paris en ballon pour tenter de réorganiser la défense à partir de la province, ce qui n'est pas facile compte tenu de l'organisation en étoile du territoire à partir de la capitale. La capitulation précipitée de Bazaine et de l'armée de Metz (150 000 hommes) le 30 octobre porte un grave coup à la France. Elle intervient au moment où le gouvernement, parti s'établir à Tours, est parvenu à organiser une Armée de la Loire. Les Prussiens libérés peuvent alors concentrer leurs forces sur cette nouvelle armée mal entrainée et mal équipée, ce qui oblige le gouvernement à se replier sur Bordeaux.

Le 18 janvier, l'Unité allemande est réalisée, les souverains allemands réunis au château de Versailles proclament le roi Guillaume de Prusse empereur. Le 28 janvier, Paris capitule après 132 jours de siège. Le gouvernement négocie une trêve pour organiser des élections. Jules Favre négocie les conditions de l'armistice. Opposé à la trêve, Gambetta démissionne.

[modifier] Les élections du 8 février 1871 et la paix

Composition de la Chambre des députés à l'issue des élections

Les élections amènent une majorité monarchiste à l'assemblée. Le principal débat porte sur la reprise des hostilités ou la capitulation. Le court délai empêche pratiquement toute campagne, sauf à Paris. Le scrutin par listes départementales favorise les listes d'union. Les Français, lassés de la guerre ou inquiets de la voir se rapprocher de leur région, toujours méfiants vis-à-vis des troubles parisiens, préfèrent voter pour les tenants de la paix sans condition, c'est-à-dire les listes conservatrices dans lesquelles les notables figurent en bonne place.

Toutefois l'Est occupé, la région lyonnaise menacée, le Midi, les Alpes et bien sûr Paris renouvellent leur attachement à la République.

L'Assemblée nationale comprend 30 bonapartistes, 200 républicains et 400 monarchistes — eux-mêmes partagés entre 180 légitimistes et 220 orléanistes. Thiers est élu « chef du pouvoir exécutif de la République française ».

Icône de détail Article détaillé : Assemblée nationale (1871).

Les monarchistes triomphants ne se soucient pas immédiatement de rétablir la royauté. Les Républicains ne les inquiètent plus : ils sont ravis que ce soit la toute nouvelle république qui assume la défaite et rétablisse l'ordre à Paris. Ils chargent Adolphe Thiers de ces tâches ingrates.

Les négociations de paix seront menées ultérieurement par Jules Favre et Adolphe Thiers avec Bismarck. Le 10 mai 1871 le traité de Francfort est signé, Bismarck exige et obtient :

[modifier] La Commune (18 mars - 28 mai 1871)

L'enlèvement des canons de Montmartre, décidé par Thiers, fut le point de départ de l'insurrection communarde.
Icône de détail Article détaillé : Commune de Paris (1871).

Ayant capitulée sans être vaincue, la ville de Paris admet mal les choix de la nouvelle assemblée qui déplaçe son siège à Versailles, démobilise les mobiles et gardes nationaux, privant de nombreux ouvriers de revenus, alors qu'elle exige le paiement des échéances dont le non paiement menaçe de ruine 50 000 petits commerçants, et abolit le moratoire sur les loyers.

La révolte éclate lorsque Thiers tente de confisquer les canons de la Garde nationale (canons financés par les Parisiens) le 18 mars 1871. Le gouvernement rassemble une armée que les communards appellent versaillaise, composée en partie de prisonniers de guerre libérés par les Allemands. Le 21 mai les Versaillais parviennent à entrer dans la ville. Commençe la Semaine sanglante, des combats de rue sans pitié, barricade par barricade, qui s'acheve par la défaite des insurgés au cimetière du Père-Lachaise.

Pour les historiens marxistes, les événements qui ont conduit à la Commune ont été des provocations conscientes de Thiers qui souhaitait crever l'abcès parisien pour instaurer sur des bases solides un nouveau régime. De fait les milieux révolutionnaires parisiens sont brisés pour plus de dix ans par la répression.

[modifier] Les premiers temps de la IIIe République

[modifier] L'affaire du drapeau blanc : la royauté se dérobe

Photographie du comte de Chambord. Son intransigeance ruina le projet de restauration monarchique.

Les monarchistes conservent Adolphe Thiers au pouvoir le temps de solder les conséquences de la guerre tout en préparant le retour de leurs prétendants. Ils votent l'abrogation des lois d'exil.

Le 5 juillet, un message d'Henri d'Artois, duc de Bordeaux, comte de Chambord — prétendant des légitimistes — laisse supposer qu'il renonçe au drapeau blanc (de la royauté) au profit du drapeau tricolore. Cependant le 3 juillet, d'Artois refuse la visite de Philippe d'Orléans - prétendant orléaniste — ruinant les projets de fusions des deux partis. Dès le 7 juillet, Henri d'Artois, duc de Bordeaux, comte de Chambord publie un manifeste exprimant son attachement au drapeau blanc.

Texte du manifeste :
« La France m'appellera et je viendrai à elle tout entier avec mon dévouement, mon principe et mon drapeau. À l'occasion de ce drapeau, on a parlé de conditions que je ne dois pas subir. Je suis prêt à tout pour aider mon pays à se relever de ses ruines et à reprendre son rang dans le monde ; le seul sacrifice que je ne puisse lui faire, c'est celui de mon honneur.
Non, je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard d'Henri IV, de François Ier et de Jeanne d'Arc. C'est avec lui que s'est faite l'unité nationale ; c'est avec lui que vos pères, conduits par les miens, ont conquis cette Alsace et cette Lorraine dont la fidélité sera la consolation de nos malheurs. Il a vaincu la barbarie de cette terre d'Afrique, témoin des premiers faits d'armes des princes de ma famille ; c'est lui qui vaincra la barbarie nouvelle dont le monde est menacé. Je le confierai sans crainte à la vaillance de notre armée ; il n'a jamais suivi, elle le sait, que le chemin de l'honneur.
Je l'ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi, mon aïeul, mourant en exil ; il a toujours été pour moi l'inséparable souvenir de la patrie absente ; il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe. Dans les plis glorieux de cet étendard sans tache, je vous apporterai l'ordre et la liberté. Français, Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV. »

Cette intransigeance qui brise toute possibilité d'une restauration royaliste, désespère les orléanistes et une partie des légitimistes.

[modifier] Adolphe Thiers premier président de la République

Organigramme de la Troisième République

La poussée électorale des monarchistes retombe vite : le 2 juillet 1871, lors des élections complémentaires les républicains emportent 99 des 114 sièges mis au vote.

Thiers, en fin politique, comprend que, s'il veut s'assurer un soutien le plus large, il doit dissimuler ses intentions. Le 31 août 1871, sur proposition de Rivet, le titre de Thiers est précisé : président de la République, c'est-à-dire qu'il cumule les fonctions de chef de l'État et de chef de l'exécutif, même si l'Assemblée se garde les fonctions constitutives et rend le président responsable devant l'Assemblée.

Les progrès des partis de gauches inquiètent les conservateurs qui délèguent des représentants à Thiers pour lui exposer leur émotion devant la montée du radicalisme. Ce qui permet à Thiers de leur répondre : « Puisque vous êtes la majorité, que n'établissez-vous la monarchie ? ». Cependant le 30 octobre 1873, le comte de Chambord publie un nouveau manifeste pour le drapeau blanc.

Thiers assure le financement des indemnités de guerre par le lancement d'emprunts largement souscrits par les Français et obtient le retrait anticipé des troupes allemandes qui occupent encore en France.

Thiers, à la tête d'un groupe de conservateurs, considère maintenant une nouvelle monarchie impossible: il prend clairement position pour une République conservatrice contre un retour au régime monarchique. Après la mort de Napoléon III le 7 janvier 1873, les bonapartistes s'allient aux royalistes pour préserver les chances du prince impérial. Thiers démissionne le 23 mai 1873 toujours persuadé qu'après lui (ce sera) le chaos, mais la droite avait déjà prévu un remplaçant en la personne de Mac-Mahon qui est élu par 390 voix le 24 mai.

[modifier] Un président pour 7 ans en attendant un roi

Déclarée d'utilité publique, la construction du Sacré-Cœur de Montmartre était considérée par les partisans de l'Ordre moral comme un moyen d'expier les évènements de la Commune et de s'opposer symboliquement aux progrès des Républicains anticléricaux.

Sous la présidence de Mac-Mahon, d'obédience légitimiste, la tendance est à l'ordre moral, fondé sur l'encouragement des valeurs religieuses avec par exemple la publication du Pèlerin, l'apparition du pèlerinage de Lourdes, l'édification de la basilique du Sacré-Cœur sur la butte Montmartre.

Mac-Mahon, dont l'ambition politique semble se limiter au retour du roi n'assume que la fonction de chef de l'État et laisse la tâche de gouverner à Albert de Broglie, duc de Broglie (prononcer « Breuil »), descendant d'une des plus puissantes familles aristocratiques de France.

Le retour du roi semble imminent après une rencontre entre Henri d'Artois et Philippe d'Orléans mais d'Artois refuse toujours de renoncer au drapeau blanc et l'affaire de nouveau échoue. D'Artois étant déjà âgé, les orléanistes attendent avec impatience sa disparition.

Dans ce contexte, on prépare des institutions qui seraient susceptibles de fonctionner et d'être modifiées en monarchie. Le duc de Broglie fait voter le 20 novembre la loi portant le mandat du président à sept ans pour prolonger la présidence de Mac Mahon. Mais sa majorité s'effrite et le 16 mai 1874 il est remplacé par Ernest Courtot de Cissey, allié aux bonapartistes victorieux lors des élections partielles.

La Troisième République est définitivement instaurée le 30 janvier 1875 par l'adoption, à une voix de majorité, en première lecture 353 contre 352, puis à une plus large majorité en deuxième lecture 413 contre 248, de l’amendement Wallon qui dispose :

« Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la Chambre des Députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans ; il est rééligible. »

Sont ensuite votées les trois lois constitutionnelles qui fixent le régime. Comme les monarchistes s'attendent à ce que la prochaîne Chambre des Députés soit à majorité républicaine, ils la flanquent d'un Sénat qui a les mêmes pouvoirs mais qui est élu au suffrage indirect par les notables.

Ayant rempli son rôle, l'Assemblée se sépare le 31 décembre 1875.

[modifier] La victoire des républicains malgré un sénat conservateur

Troisième République

Armoiries officieuses qui furent créées pour la Troisième République
Cet article fait partie de la série sur la
politique de la France,
sous-série sur la Troisième République

Pouvoir exécutif

Pouvoir législatif

Administration territoriale

Élections

 voir • disc. • mod. 

Composition de la Chambre des députés à l'issue des élections législatives de 1876

Les élections législatives de 1876 sont une victoire des républicains qui obtiennent 363 sièges à la nouvelle Chambre des députés, malgré une violente censure du gouvernement contre la presse républicaine.

Le 25 juin 1877 suite à l'adoption d'une motion de censure contre le gouvernement du duc de Broglie, Mac-Mahon dissout la chambre des députés, conformément au pouvoir que lui confère la constitution et après avis du sénat. Mais le scrutin est une nouvelle victoire des républicains, quoique légèrement moins importante. Mac-Mahon se résigne et laisse le gouvernement aux républicains.

Les républicains parviennent même à obtenir la majorité au Sénat en 1879. après la démission de Mac Mahon, son successeur Jules Grévy et les différents présidents du conseil instaurent dans les faits une république laïque, démocratique et parlementaire.

[modifier] La belle époque de la III e République (1879-1914)

[modifier] La République opportuniste: une mise en place pragmatique(1879-1898)

[modifier] La fondation du régime

[modifier] Jules Ferry (1879-1885)

Jules Ferry est la personnalité dominante des premiers gouvernements républicains de 1879 à 1885, en charge soit de l’éducation nationale, soit des affaires étrangères. Plutôt qu’une révision profonde de la constitution, il est le partisan d’aménagements.

Son objectif principal est de mettre en place une école républicaine qui forme des citoyens éclairés. Il oblige chaque département à se doter d’une école normale d’instituteurs (1879), puis établit la gratuité de l’enseignement primaire (1881), son caractère obligatoire (1882). l’instruction religieuse ne peut être dispensée qu’en dehors du cadre scolaire: un jour sans école est instauré le jeudi.

Il développe les libertés collectives : liberté de la presse (1881), liberté syndicale (1884) et élection des maires par les conseils municipaux (1884). Seule Paris reste sous la tutelle de son préfet : elle ne pourra élire son maire qu’à partir de 1976.

Enfin, les libertés individuelles ne sont pas oubliées : possibilité de divorcer, mais pas encore par consentement mutuel (1884) et liberté des funérailles (1887).

[modifier] La crise boulangiste et la maturité

Le général Boulanger par Nadar

Le général Boulanger est ministre de la guerre en 1886. Très populaire parmi les déçus du nouveau régime et les Revanchards (il est surnommé le « général Revanche »), il est considéré par les Opportunistes comme un danger pour la République et la paix. Relevé de ses fonctions ministérielles en 1887 puis mis à la retraite en 1888, il devient le point de ralliement de tous les mécontents :

En octobre 1887, la presse met à jour un trafic de décorations par le propre gendre du président de la république Jules Grévy. Ce scandale, relayé à droite par les boulangistes et à gauche par les ambitieux Jules Ferry et Georges Clemenceau, jette l'opprobre sur la gouvernance d'alors et entraine la démission de Jules Grévy.

Boulanger devient le point de rencontre des espérances les plus contradictoires et donne l'espoir à tous. Il est élu plusieurs fois député en province en 1888 puis à Paris en 1889 mais il refuse de s'emparer du pouvoir par la force comme le lui demandent certains de ses partisans. Menacé de passer en Haute Cour de Justice pour « atteinte à la sûreté de l'État », il s'enfuit en Belgique en avril 1889. L’abandon du scrutin de liste au profit du scrutin d’arrondissement, moins favorable aux mouvements populistes, et l’interdiction des candidatures multiples assurent la victoire des notables républicains aux élections de 1889.

Voir aussi l'article détaillé : Boulangisme

Voir aussi l'article détaillé : Scandale des décorations

En 1892, Édouard Drumont, un journaliste ouvertement antisémite dénonce les conditions dans lesquelles plusieurs dizaines de milliers de souscripteurs ont été ruinés à l'occasion du financement du canal de Panama. Il met en cause plusieurs financiers juifs qui ont soutenu le projet ainsi que de nombreux hommes politiques liés au milieu financier. Ce regain d'antisémitisme en France sera l'un des déclencheurs de l'affaire Dreyfus, trois ans plus tard.

Voir aussi l'article détaillé : Scandale de Panama

Les anarchistes réalisent à cette époque des attentats spectaculaires comme l'assassinat du président Sadi Carnot le 26 juin 1894 (voir annexe).

[modifier] L’expansion coloniale et les alliances extérieures

[modifier] Le second empire colonial français

C’est encore Jules Ferry qui relance l’expansion coloniale par deux entreprises audacieuses : il impose le protectorat de la France sur la Tunisie à la barbe de l’Italie (1881) et sur l’Annam et le Tonkin contre la Chine (1885). Il bénéficie de la bienveillance de Bismarck qui y voit un dérivatif au ressentiment contre l'Allemagne. A partir de ses bases en Algérie, au Sénégal et sur la côte congolaise, la France se taille le plus important domaine colonial en Afrique de l’époque ; elle s’impose également à Madagascar.

Elle doit cependant faire face au Royaume Uni:

ce qui rend difficile pour un temps les relations diplomatiques entres les deux pays.

[modifier] L’alliance franco-russe

La diplomatie européenne est dominée en cette fin de XIXe siècle par deux antagonismes. A l’ouest, la France n’a pas renoncé à l’Alsace-Lorraine et le but ultime de la politique allemande est de maintenir le statu quo. A l’est, l’Autriche-Hongrie et la Russie sont rivaux pour la domination des Balkans. À l’occasion du congrès européen de Berlin (1878) qui fixe les modalités d’un nouveau reflux de la Turquie, la Russie affiche des exigences ambitieuses que l’Autriche Hongrie met en échec avec l’appui de l’Angleterre. L’Autriche Hongrie demande une alliance privilégiée à l’Allemagne, ce qu’elle obtient (1879). L’Italie se joint plus tard à eux pour former la triple alliance. Le rapprochement de la France et de la Russie en est progressivement la conséquence. Il est d’abord financier : la France a une importante épargne à placer en Europe et la Russie est un pays en plein développement qui manque de capitaux. Il est ensuite militaire par la conclusion d’une alliance. Il est moins évident sur le plan politique entre une république parlementaire et un empire autocratique.

[modifier] La République radicale: une évolution résolument progressiste (1898-1914)

[modifier] L'affaire Dreyfus (1894-1906)

Le procès d'Alfred Dreyfus au Conseil de guerre de Rennes

En 1894, le capitaine Dreyfus, accusé d'espionnage au profit de l'Allemagne, est condamné à la déportation à vie sur l'Ile du Diable en Guyane. Plusieurs personnalités tentent, en vain, de démontrer l'innocence de Dreyfus. En janvier 1898, dans le journal L'Aurore de Georges Clemenceau, Émile Zola publie l'article "J'accuse" dans lequel il accuse l'armée d'avoir condamné un innocent et de ne pas vouloir le reconnaître. On parle alors de l'Affaire Dreyfus. Pour les Révisionnistes ou Dreyfusards, il faut, au nom de la justice, faire éclater la vérité quelles qu'en soient les conséquences pour l'armée. Beaucoup se rassemblent dans la Ligue des droits de l'homme, créée à cette occasion. Pour les Antidreyfusards, la raison d'État, le prestige de l'armée, l’intérêt national exigent de ne pas revenir sur la chose jugée; il ne faut pas porter atteinte au prestige de l'armée, instrument de la revanche. Certains se retrouvent dans la Ligue de la patrie française ou la Ligue des patriotes. En 1899, quelques uns tentent même d'organiser un coup d'État pour mettre en place un régime autoritaire. À la suite d'un procès en révision en 1899, Dreyfus est condamné à 10 ans de détention avant d'être gracié par le Président de la République puis réintégré dans l'armée en 1906. Voir aussi l'article détaillé : Affaire Dreyfus

[modifier] La séparation de l’Eglise et de l’Etat

L’affaire Dreyfus se traduit en termes électoraux par une nouvelle poussée à gauche aux élections de 1898, contre les partisans d’un ordre plus autoritaire dont on identifie des bastions dans l’armée et dans l’église. Le progressiste Waldeck Rousseau épure la hiérarchie militaire et fait adopter une loi sur les associations (1901), qui soumet les congrégations religieuses à autorisation administrative.

Voir aussi l'article détaillé : association loi 1901

Puis Les élections de 1902 sont un triomphe pour le parti radical.

Composition de la Chambre des députés à l'issue des élections législatives de 1902

Émile Combes s'allie avec les socialistes de Jaurès au travers du Bloc des gauches. Il fait voter la séparation de l’église et de l’état (1905). L’état ne nomme plus les évêques et ne rémunère plus les prêtres : l’église devient totalement indépendante mais doit subvenir par elle-même à ses besoins financiers.

Par ailleurs, les radicaux parviennent à instaurer l’impôt sur le revenu que le Sénat n’accepte finalement qu’en 1914.

[modifier] L'action de Théophile Delcassé (1898-1905) : l’Allemagne isolée

Théophile Delcassé est ministre des affaires étrangères pendant sept ans. Tout en renforçant l'alliance russe, il mène une politique continue de rapprochement avec d’une part l’Italie et d’autre part le Royaume Uni. La défaite de la Russie contre le Japon (1905) modifie les équilibres. Désormais, le Royaume Uni s’inquiète plus du développement de la flotte de guerre allemande que de l’expansion russe. La Russie est davantage soucieuse de sa modernisation et s’intéresse aux capitaux disponibles sur la place financière de Londres, qui pourraient en outre lui donner une plus grande marge de manœuvre par rapport à la France. Lors de la conférence internationale d’Algésiras sur le Maroc (1906), l’Allemagne se retrouve isolée : l’indépendance du Maroc est sauvegardée mais au profit des intérêts financiers français. Par la suite, Royaume Uni et Russie mettent fin à leurs différents en Asie (1907), tandis que la France impose son protectorat sur le Maroc, moyennant quelques compensations pour l’Allemagne au Cameroun (1911).

[modifier] Le déclin et la chute de la III e République (1914-1940)

[modifier] La Première Guerre mondiale : l'épreuve de la Grande Guerre (1914-1919)

[modifier] L'échec de l'offensive allemande sur la Marne

L’Autriche Hongrie avait déjà annexé la Bosnie-Herzégovine en 1908. Soutenue par l’Allemagne, elle prend prétexte de l’assassinat du prince héritier en juin 1914 pour déclarer la guerre à la Serbie que soutient la Russie. La logique des alliances se met en branle pour engendrer une guerre européenne (juillet-août 1914). En France, l’heure est à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Le socialiste Jean Jaurès, militant infatigable de la paix est assassiné. L’armée allemande tente d’éliminer la France par un mouvement tournant au nord mais est vaincue par Joffre sur la Marne. En outre, la violation du territoire belge entraîne la déclaration de guerre du Royaume Uni à l’Allemagne.

[modifier] La guerre de positions

La guerre s’installe dans la durée. La France s'enlise avec l'Europe dans une guerre totale où les industries, les économies et les mentalités sont orientées vers l'objectif de la victoire, ou tout du moins de la résistance.Les combats autour de Verdun (1916) sont particulièrement meurtriers. Libérés par l'arrêt des combats sur le front oriental après la signature du traité de Brest-Litovsk, les Allemands lancent en vain cinq offensives majeures (de mars à juillet 1918) sur le front français pour forcer la victoire avant l'engagement massif des États-Unis nouvellement entrés en guerre.

[modifier] La victoire

Le président Raymond Poincaré appelle alors à la tête du gouvernement Georges Clémenceau, le tigre, qui va mener le pays à la victoire (novembre 1917-janvier 1920). Sur le plan militaire, Pétain prête une attention particulière au moral des troupes et rétablit la confiance par des premiers succès. Puis Foch dirige l’offensive des armées alliées qui reprennent l'initiative le 18 juillet et font reculer le front de près de 150 kilomètres, poussant les Allemands, épuisés, à accepter la signature de l'armistice le 11 novembre 1918.

Femmes fabriquant des obus, France, 1917

La France sort cependant elle aussi épuisée par ce conflit de 4 ans, qui se prolonge pour elle jusqu'en 1919 dans la guerre en Russie contre les bolcheviques. Les régions du nord et de l'est, les plus industrielles, ont été ravagées et leur appareil industriel détruit. Plus d'un million et demi d'hommes sont morts au front (10,5 % de la population active masculine), et trois millions et demi ont été blessés et mutilés.
Mais, contredisant les propos de Guillaume II, la république a tenu le choc de la guerre, contrairement aux empires.

Voir aussi l'article détaillé : Première Guerre mondiale

[modifier] Les années 20 : une gestion difficile de l’après guerre (1919-1929)

[modifier] Une vie politique intérieure dominée par Raymond Poincaré

[modifier] La question du positionnement des radicaux

Les élections de 1919 se traduisent par une large victoire de la droite et d'une partie des radicaux dans le Bloc National.

Celles de 1924 sont une victoire moins nette de la gauche: Edouard Herriot forme un gouvernement radical soutenu par les socialistes qui ne dure pas. En fait, les radicaux éprouvrent des difficultés à se positionner, ce qui contribue à l'instabilité politique. Proches des socialistes pour la défense de la République, ils restent libéraux sur le plan économique.

Par ailleurs, les élections de 1924 sont l'occasion d'un nouveau conflit entre la Présidence et la Chambre des Députés. Alexandre Millerand cherche à imposer un Président du Conseil modéré à la majorité de gauche qui refuse de l'investir: le Président de la République démissionne.

[modifier] Le redressement financier et le problème des réparations

Le volume des dépenses publiques reste important après la guerre car il faut reconstruire dans toutes les régions qui ont subi les actions militaires : la France entend bien en faire pleinement payer le prix à l’Allemagne. Président de la commission des affaires étrangères du sénat, Raymond Poincaré critique durement Aristide Briand qui se fait l’écho des capacités financières limitées de l’Allemagne. Devenu Président du conseil (1922-1924), il fait occuper le Ruhr (1923) pour suppléer à la défaillance de l’état allemand. Mais il transige finalement et accepte l’arbitrage de comités d’experts : ce seront les plans Dawes et Young.

Revenu au pouvoir (1926-1929), il remet en ordre les dépenses publiques en augmentant les impôts et en rationalisant l’administration. Il finit par stabiliser le Franc à un cinquième de sa valeur d’avant guerre. Légèrement sous-évalué, son cours facilite les exportations: l’excédent des la balance des paiements extérieurs permet à son tour le développement des activités financières de la place parisienne.

[modifier] Une politique étrangère pacifique

[modifier] Une nation traumatisée par la guerre

La France a été saignée par le conflit. Les monuments aux morts, les mutilés ainsi que les veuves et orphelins de guerre font désormais partie de l’environnement humain quotidien. L’immense majorité des Français ne veut plus revivre ça. La stratégie militaire vise à épargner les hommes. Elle est purement défensive à l’abri de puissantes fortifications édifiées aux frontières : ce sera la ligne Maginot. Cette stratégie est dès le départ en contradiction flagrante avec les engagements diplomatiques. La France se retrouve protectrice des petits états de l’Europe de l’Est qui ont été créés ou agrandis au détriment de l’Allemagne et de la Russie. Dès 1920, elle a été amenée à fournir à la Pologne d’importants moyens militaires contre l’URSS.

[modifier] La politique étrangère d’Aristide Briand

L’arrivée au pouvoir du radical Edouard Herriot (1924) est l’occasion d’amorcer une politique de détente avec l’Allemagne dont l’artisan est Aristide Briand. Cette politique culmine au pacte de Locarno (1925), par lequel l’Allemagne accepte sa frontière occidentale. Concomitamment, la France confirme son alliance avec la Pologne et la Tchécoslovaquie, l’Allemagne n’acceptant pas ses frontières orientales. L’Allemagne est admise au sein de la Société Des Nations. Aristide Briand s’efforce d’œuvrer pour la paix en favorisant une politique internationale d’arbitrage et de limitation des armements.

[modifier] Crise et effondrement (1929-1940)

[modifier] La crise politique

[modifier] Les émeutes de février 1934 : l’impossible réforme du régime

La crise économique internationale touche la France avec retard mais y reste plus tenace qu’ailleurs. Par ailleurs, la disparition de Poincaré et Briand laisse un vide et l’instabilité ministérielle reprend de plus belle.

L’agitation des mouvements hostiles à la république parlementaire reprend ; elle est amplifiée par L'affaire Stavisky. Elle culmine par les émeutes de février 1934 aux abords de la Chambre des Députés.Le 6 février 1934, une manifestation antiparlementaire d'extrême droite, notamment des membres de l'Action française et des Croix-de-feu tourne à l'émeute place de la concorde, faisant vaciller puis finalement chuter le gouvernement Edouard Daladier. On dénombre douze morts et des centaines de blessés. Le 9 février, des manifestations du PCF, interdites par le nouveau gouvernement, font également plusieurs morts. Le 12 février a lieu la première manifestation unitaire de toutes les forces de gauche.

Voir aussi l'article détaillé : Affaire Stavisky

Voir aussi l'article détaillé : 6 février 1934

Un nouveau gouvernement présidé par Doumergue est censé aborder la réforme du régime. En fait partie André Tardieu, un des responsables de la droite, qui souhaite renforcer les pouvoirs de l’exécutif, notamment:

Il ne parvient pas à convaincre et quitte la vie politique en 1936.

[modifier] Le Front populaire

La chambre des députés le 3 mai 1936
Icône de détail Article détaillé : Front populaire (France).

Le Front populaire est une coalition des partis de la gauche (le PCF, la SFIO, le Parti radical et l'USR) qui gouverne la France de 1936 à 1938 et qui débute par un premier ministère présidé par Léon Blum. Malgré sa brièveté, cette période bouleverse les rapports sociaux du pays. Les accords de Matignon apportent notamment la semaine de 40 heures, les congés payés et les conventions collectives. C'est à cette période qu'est unifié le réseau ferré pour devenir la SNCF. Les différences de vues sur la guerre d'Espagne affaiblissent la coalition dès juin 1937.

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