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Le royaume de Babylone s'est épanoui en Mésopotamie du sud du début du IIe millénaire avant J.-C. jusqu'en 539, date de la prise de sa capitale par le roi Cyrus II de Perse. Durant sa longue histoire il a connu des périodes fastes et d'autres plus difficiles, et plusieurs dynasties se sont succédé à sa tête.
On distingue traditionnellement trois grandes périodes dans l'histoire de Babylone :
L'établissement d'un royaume centré sur une seule et même capitale pendant un millénaire et demi marque une rupture dans l'histoire de la Mésopotamie, et Babylone devint le centre de la partie méridionale de cette région, alors que le nord est centré à partir de la seconde moitié du IIe millénaire par l'Assyrie, qui devient le principal adversaire des Babyloniens. Le destin du sud mésopotamien, ancien pays de Sumer et d'Akkad, se confond donc avec celui du royaume babylonien à partir du milieu du IIe millénaire.
Babylone devint donc le centre politique, mais aussi culturel et religieux de l'antique civilisation mésopotamienne, et par là l'une des principales villes du Proche-Orient ancien et de tout le monde antique. Son prestige fut immense pendant la période antique, et s'est transmis jusqu'à nos jours par la tradition biblique et celle des auteurs de la Grèce classique.
Babylone est mentionnée pour la première fois au XXIVe siècle av. J.-C., dans un texte cunéiforme, à l'époque du règne de Shar-kali-sharri, roi de l'empire d'Akkad dont elle fait partie. Elle est ensuite un centre administratif important de l'Empire d'Ur III. La cité n'a pas le prestige de ses voisines du Sud, comme Nippur. Elle ne devient un centre politique important qu'avec l'installation d'une dynastie amorrite au début du IIe millénaire. Rien ne prédispose cette bourgade riveraine d'un bras secondaire de l'Euphrate à devenir à partir de 1800 av. J.-C. la capitale d'un ensemble régional vaste auquel on donne le nom de Babylonie.
Sommaire
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Le premier souverain amorrite de Babylone est Sumu-abum, dont le règne débute en 1894[1]. Son successeur Sumu-la-El n'est pas son fils ; il est l’ancêtre de la lignée des rois de la Première Dynastie. Il réussit à prendre les cités des environs de Babylone. Son fils Sabium et son petit-fils Apil-Sîn règnent successivement et agrandissent le territoire, qui s'étend au sud jusqu'aux environs de Nippur (qui appartient au royaume de Larsa), et au nord sur la région du cours moyen du Tigre (jusqu'au royaume d'Eshnunna). Babylone s'affirme ainsi comme une grande puissance, rivale de Larsa. Sous Sîn-Muballit (1812-1792), le royaume progresse face à Larsa, et Nippur et Isin sont prises. Mais la présence au nord du Royaume de Haute Mésopotamie de Samsi-Addu, allié des rois babyloniens puisque leurs dynasties respectives ont des ancêtres communs, ainsi que de celui d'Eshnunna dirigé par Dadusha puis Ibal-pi-El II, limite la progression au nord. En 1794, le roi de Larsa Rim-Sin réussit à reprendre les pertes précédentes.
Dès son intronisation, Hammurabi[2] doit donc passer à l'action face à son rival. Après avoir renforcé sa puissance, il attaque le territoire dominé par Larsa, et s'empare d'Isin, Uruk et Ur. Il étend ensuite sa domination vers l'est contre Eshnunna, puis vers l'ouest, de sorte que les frontières de son territoires sont éloigné de son centre, et que d'éventuels adversaires sont affaiblis, tandis que ses puissants voisins ne réagissent pas. À la mort de Samsi-Addu, la situation politique du nord mésopotamien change. Zimri-Lim s'empare de Mari et constitue un état puissant sur le haut Euphrate. En 1765, Hammurabi s'allie avec lui, pour repousser un attaque des Élamites, qui avaient auparavant pris Eshnunna avec l'aide des deux rois. L'année suivante, il provoque la guerre contre Larsa s'empare enfin de la ville, se débarrassant de Rim-Sin. Hammurabi est alors le plus puissant roi de Mésopotamie. En 1762, il s'empare de Mari en battant son ancien allié Zimri-Lim, et détruit la ville, qui ne s'en relèvera pas. Hammurabi poursuit sur sa lancée, maintenant que plus personne n'est en mesure de l'arrêter : il s'empare d'Eshnunna, puis d'Assur. À sa mort en 1750, il a fait de Babylone la capitale du plus puissant royaume mésopotamien.
Les rois babyloniens de la Ire dynastie portent le titre akkadien de šarrum (roi). Il gouverne depuis le palais de sa capitale, aidé par son entourage dont on ne connaît pas la composition exacte ni la titulature, qui n'a de toute manière probablement pas existée. Le roi est à sa place parce que les Dieux l'ont voulu. Il doit de ce fait faire respecter leur justice, et diriger leur territoire le mieux qu'il peut pour que les sujets y produisent de quoi satisfaire leurs maîtres divins. Le roi est donc le personnage central du royaume babylonien, exerçant une très grande autorité. Pour l'exercice de cette lourde tâche, il est entouré de "ministres". On trouve un "premier ministre" (sukkalum), un chargé des relations extérieures (sukkal ubarim), ainsi que des secrétaires royaux (tupšar sakkakkim). Tout le secteur administratif est géré par un important corps de scribes (tupšarrum).
Le territoire était divisé en provinces. Un gouverneur (šapirum) dirigeait ce territoire depuis sa plus grande cité, entouré de fonctionnaires qui l'aidaient dans ses tâches, c'est à dire principalement le respect de l'autorité royale, et la surveillance pour le pouvoir central de la situation dans la province du point de vue économique, mais aussi les éventuels troubles politiques et sociaux. L'ordre public était assuré par des garnisons stationnant dans les chefs-lieux des provinces, qui pouvaient aussi servir d'armée et d'autorité encadrant les grands travaux publics accomplis par la volonté du pouvoir central. Ces garnisons étaient constituées de soldats de métier, encadrant des conscrits accomplissant leur service du au roi (l'ilkum), ainsi que quelques mercenaires.
Dans les cités, un système efficace était en place. On trouvait un agent royal, le rabiānum, aidé d'adjoints (hazannum) et une assemblée d'Anciens (puhrum) représentant la communaté. Une sorte de "chambre de commerce" (kārum) réglait les litiges commerciaux sous la coupe d'un agent royal, le "chef des marchands" (wakil tamkarî). Les agents du pouvoir local pouvaient avoir des fonctions juridiques, administratives ou dans la collecte des impôts. Le pouvoir judiciaire était exercé par un juge royal (dayyan šarrim) aidé par des assistants (rēdūm), quand les pouvoirs locaux n'arrivaient pas à régler les affaires ou pour des cas d'une certaine importance. Le pouvoir royal exerce un contrôle sur ces institutions grâce à des inspecteurs (waklum).
Les provinces lointaines étaient gouvernées par des personnages, souvent issus de l'ancienne famille royale dirigeant le pays, disposant d'une autonomie assez large, mais qui étaient quand même vassaux de Babylone et devaient lui verser de ce fait un tribut.
Les stratifications sociales de la société paléo-babylonienne sont bien connues par le Code d'Hammurabi[3], ainsi que des actes de la pratique de cette période[4]. La véritable différence entre les hommes était s'ils étaient libres ou non.
Les hommes libres sont généralement appelés awīlum (terme général traduit par « homme »). Le Code d'Hammurabi distingue deux catégories d'hommes libres : awīlum proprement dit et muškenum. Le premier groupe dispose d'un rang social et d'un statut juridique plus élevé que le second. Ce sont les hommes travaillant dans l'entourage du roi ou bien pour les temples (de toute manière contrôlés par le pouvoir royal). Si rien n’indique que c’est cette fonction qui leur confère directement ce rang, il n’empêche que c’est la proximité avec le pouvoir qui est avant tout le meilleur moyen d’avoir un rang social élevé, avant tout fourni par la richesse. Ils disposaient de terres et biens en propre, leur richesse ne venant pas seulement des grands organismes.
Les muškenū (d'où dérive le mot français « mesquin ») échappent généralement à la documentation écrite qui nous est parvenue, et de ce fait ils sont très mal connus. C’est une population moins aisée que la précédente, peut-être même vivant dans une condition de dépendance. La législation leur garantit quand même des droits et une certaine sécurité, bien qu’il n’y ait pas d’égalité de traitement avec les awīlū.
Les hommes libres sont sujets du roi, ils sont ses serviteurs. Mais, dans leur religion, ils sont avant tout soumis à leurs dieux, qu'ils ont pour devoir de servir. En effet, l'homme ne fut crée par les dieux que pour lui assurer un train de vie convenable sans avoir à travailler pour. C'est pour cela que le premier devoir d'un homme libre est de rendre le culte à ses dieux, et de leur donner des offrandes. Mais au-delà de ses considérations religieuses, il devait aussi remplir certaines obligations envers son roi « terrestre » : corvées, service militaire, dont le principe et le fonctionnement restent mal connus.
La famille nucléaire paraît dominer. Elle peut cependant être complexe, si on y ajoute un ou plusieurs esclaves domestiques, ou bien d'autres membres de la famille (parents, frères). Les pratiques d'héritage semblent tendre à avantager un aîné, mais tous les enfants ont une part d'héritage. La situation pratiquée dans la partie de la population vivant modestement, qui nous est très mal connue, est peut-être différente, avec des groupes familiaux plus larges.
Les esclaves (wardum dans le Code d'Hammurabi ; mais en fait ce terme a les mêmes signification que le mot "serviteur" en français, et ne désigne donc pas systématiquement un non-libre) disposaient de la place la plus basse dans l'échelle sociale. Les esclaves étaient avant tout des prisonniers de guerre, ramenés de campagne par les troupes royales, pouvant être offerts ou vendus aux particuliers, ou bien aux temples, ou restant au service du roi. Ils étaient aussi nombreux à être des descendants d'esclaves restés au service du maître de leurs parents. Il existait aussi l'esclavage pour dettes.
Les droits de l'esclave étaient évidemment très limités. D'abord parce qu'il ne pouvait pas disposer de sa personne, qui était propriété de son maître. Celui-ci avait droit de vie et de mort sur lui, et pouvait le vendre quant il le désirait. Lorsqu'il achetait une famille entière d'esclaves, il pouvait les séparer à sa guise, bien qu'il le fît rarement, car il n'y trouvait aucun intérêt. L'esclave est un bien comme un autre. Pour l'identifier, il porte attaché autour de son cou un pendentif où sont inscrits son propriétaire et sa fonction. La loi est très dure face à l'esclave. Si on le tue, on devra simplement le "rembourser" à son maître. Si on le blesse, une indemnité suffira. En contrepartie, le moindre acte déplacé de sa part peut avoir de graves conséquences : punition corporelle, mutilation, voire la mort.
Les esclaves femmes pouvaient être achetées par un homme dans le but d'être sa concubine, pour pallier le fait que sa femme stérile ne puisse lui offrir de descendance (dans ce cas, l'esclave est légalement la propriété de la femme, qui l'offre à son mari). Dans les cas extrêmes, il pouvait en faire une prostituée. Si elle tombait enceinte et donnait naissance à un enfant de son maître, elle serait cependant graciée avec lui à la mort du père. Si les esclaves avaient des enfants entre eux, ils étaient la propriété de leur maître. Ces derniers avaient d'ailleurs l'habitude de marier leurs serviteurs entre eux, de manière à augmenter leur nombre d'esclaves. Les esclaves mâles pouvaient épouser des femmes libres, mais cela était très peu courant, car peu de familles laissaient leurs filles épouser un esclave, à moins qu'il ne fût assez riche.
Mais la situation des esclaves ne doit pas être noircie à l’extrême. Leurs maîtres ne les maltraitaient pas forcément, bien que la situation devait varier en fonction de la famille. On a ainsi déjà vu qu'ils pouvaient se marier, dans certains cas ils pouvaient aussi se lancer dans les affaires, faire du commerce, et se constituer un capital, des propriétés, dans tous les secteurs d'activité, et même dans l'administration des temples et de l'État. La société et l’économie de l’époque ne peuvent pas être considérées comme esclavagistes, la condition servile n’étant pas assez généralisée pour cela.
La condition d'esclave n'était pas irrémédiable. Comme on l'a déjà vu, les femmes donnant naissance à un enfant de leur maître étaient affranchies avec celui-ci à la mort de leur maître. On pouvait aussi préciser dans une clause d'un héritage qu'un esclave, pour services loyaux, serait libre après le décès de son maître. Certains esclaves, qui s'étaient constitués un capital important, pouvaient éventuellement racheter leur liberté. Le maître pouvait affranchir de lui-même son esclave. Généralement, l'esclave libéré continuait à travailler pour son ancien propriétaire, d'après une clause de son contrat d'affranchissement. Mais les esclaves n'arrivaient que très rarement à se libérer, et c'est pourquoi le plus grand nombre d'esclaves ayant réussi à en finir avec leur condition sont ceux qui se sont enfuis, malgré les risques encourus (la mort). La plupart des esclaves l'étaient donc depuis le jour de leur naissance jusqu'à celui de leur mort.
Le roi a la main haute sur une très grande partie des terres de son royaume. Une première partie était concédée à des « tributaires » (naši biltim), qui recevaient le capital d’exploitation et versaient une redevance en nature ou en argent. Une seconde partie des terres étaient données à des fonctionnaires en échange du service rendu, à titre de rémunération ; ce sont notamment les « champs de subsistance », qui sont des terres céréalières. Cela supposait une surveillance pour voir si le service était effectivement accompli. Elles sont héréditaires si le successeur assure à son tour la charge, et sont inaliénables (mais elles pouvaient être affermées). En échange de ces terres, les détenteurs devaient aussi accomplir des services ou corvées. Un système similaire valait pour les troupeaux royaux.
Les temples gardent une certaine importance dans le domaine économique, mais le souverain est leur principal pourvoyeur de terres et biens et leur protecteur. Ils afferment des terres tout comme le faisait le palais. Ils jouent un rôle d’assistance publique, en accordant notamment divers types de prêts, que ce soient les ikribū (prêts concédés à des marchands, qui en contrepartie font des offrandes importantes au temple), ou des prêts « avantageux » accordés à des agriculteurs (en fait à un taux dit « de Shamash », de 20 % s’il est en argent et 33 % si c’est de l’orge, taux plutôt bas par rapport à ceux pratiqués d’ordinaire par les usuriers mésopotamiens).
À côté des traditionnels « grands organismes », la propriété privée était très présente. Elle est surtout bien connue pour les plus riches, qui possédaient des terres, souvent en périphérie des villes où ils résidaient, un patrimoine immobilier urbain, mais aussi des biens mobiliers (esclaves, prébendes de temples). Ils étaient aussi des prêteurs importants. Pour ce qui concerne les populations moins aisées, on est très mal renseignés.
Si le commerce est en partie dirigé par le palais et aussi les temples, qui emploient les marchands (tamkarum), ces derniers peuvent se lancer dans des entreprises commerciales pour leur propre compte. Ils se regroupent en firmes regroupées dans le karūm (littéralement « quai »), le quartier des marchands des grandes villes. L'activité du karūm est contrôlée le wakil tamkarī ("chef des marchands"), un agent du palais qui sert d'intermédiaire entre les marchands et le pouvoir royal. Les dignitaires afferment aussi des loyers et des taxes royales, et prêtent de l'argent (à des taux très élevés) aux petits propriétaires.
Une crise agricole touche la Babylonie aux XVIIIe et XVIIe siècles. Elle a une cause environnementale : la surexploitation des terres et leur salinisation semble diminuer la surface des terres cultivables. Le facteur politique, militaire entre aussi en compte, de même que des facteurs conjoncturels traditionnels (épidémie, conditions climatiques défavorables). Les notables prêtent de plus en plus (alors qu’ils perdent eux-mêmes une partie de leurs bénéfices issus des terres, ainsi que ceux dus au commerce qui faiblit progressivement), à des taux encore plus élevés, à des paysans touchés par la crise, qui se retrouvent dans l'impossibilité de rembourser. Cette crise d'endettement poussera les roi Samsu-iluna à prendre par deux fois des mesures d'andurarūm (annulation des transactions, dettes contractées dans tout le pays avant la prononciation de l’édit, s’il y a réclamation, et si on n’avait pas cherché à s’en prévenir dans les contrats). Tout cela ne fait qu'aggraver l'affaiblissement progressif du royaume après la mort de Hammurabi.
Samsu-iluna (1750-1712) succède à son père, et hérite d'une situation difficile : le royaume est en ébullition, et de nombreuses révoltes à Sumer viennent perturber son règne. Il n'en faut pas plus pour que ses vassaux se soulèvent à leur tour, obligeant le roi à se battre sur plusieurs fronts. Cette situation se reproduira plusieurs fois au cours du règne de Samsu-iluna. S'il est toujours victorieux, cela prouve que la situation n'est pas acquise, et cela pousse le roi élamite Kutir-Nahhunte Ier à lancer une attaque. D'autres suivent leur exemple : des Amorrites et des Kassites (qui apparaissent alors en tant que puissance) attaquent la Babylonie, tandis que de nombreux territoires se rendent indépendants. À la fin de son règne, Samsu-iluna a perdu de nombreuses provinces du royaume hérité de son père. Le pays est de plus frappé par une crise économique caractérisée par l'endettement des plus pauvres (voir plus haut), que le roi n'arrive pas à résoudre malgré la proclamation d'édits d'andurarum par deux fois.
Les souverains suivants[5], Abi-eshuh (1712-1684), puis Ammi-ditanna (1684-1646) et Ammi-ṣaduqa (1646-1626) résistent et réussissent même à reprendre des territoires perdus auparavant. Pourtant, la situation du royaume est désastreuse, et une grave crise économique le frappe. Aux frontières, les Kassites, ainsi que les Hourrites et les Hittites se font pressants. Les souverains babyloniens ne peuvent résoudre les problèmes qui se posent à eux. Samsu-ditana (1626-1595) hérite d'une situation très difficile à laquelle il ne pourra pas plus que ses prédécesseurs mettre fin. Malgré une politique de construction de forts visant à protéger les frontières du territoire, celui-ci reste mal défendu. Lorsque vers 1620, le roi hittite Hattushili Ier, ravage la Syrie, il accentue sa menace sur la Babylonie. Les évènements de ces années sont mal connus, mais il semble que les assauts des nouveaux peuples soient de plus en plus rudes. En 1595, le successeur d'Hattushili Ier, Mursili Ier, après avoir attaqué une nouvelle fois en Syrie (prise d'Alep), descend l'Euphrate et pénètre en Mésopotamie, puis fonce vers Babylone qu'il prend et pille. Samsu-ditana disparaît, et avec lui la Ire Dynastie de Babylone.
Les premiers rois babyloniens sont peu actifs sur le plan religieux et culturel, leur faible puissance ne leur permettant pas de soutenir des réalisations artistiques égales à celles des rois d'Isin et de Larsa. Quand Hammurabi s'empare de cette dernière, il met la main sur les meilleurs des scribes dépositaires de l'antique tradition sumérienne, qui vont le servir comme ils servaient leurs anciens maîtres. Ce changement se remarque par la rédaction d'inscriptions royales ainsi que d'hymnes dédiés à Hammurabi et Samsu-iluna dans la droite ligne de ce qu'on faisait à Larsa. Les souverains de la Première dynastie de Babylone sont fidèles à la tradition mésopotamienne concernant la religion : ils entretiennent le culte des temples, les restaurent, et vénèrent les grands dieux du panthéon, à côté de leur divinité tutélaire Marduk qui n'a encore qu'une place très secondaire.
Un changement s'ammorce néanmoins sous les règnes des souverains du XVIIe siècle, quand s'affirme une littérature d'expression akkadienne (déjà en constant progrès depuis le début de la période paléo-babylonienne), rédigée dans une langue littéraire spécifique, préfigurant le « babylonien standard » de la période suivante. Il ne s'agit en aucun cas d'un changement radical : on reprend les modèles sumériens, qui restent prégnants jusqu'à la fin de la civilisation mésopotamienne, qui conserve toujours son caractère « suméro-akkadien ». Mais la langue sumérienne est désormais reléguée au rang de « langue morte », toujours connue mais ne servant plus à de nouvelles œuvres littéraires. On traduit en akkadien d'anciens textes sumériens, et on en écrit de nouveaux. Parmi les pièces les plus remarquables de cette littérature akkadienne, on peut relever l'Hymne à Ishtar écrit sous Ammi-saduqa, l'Atra-hasis et l'Épopée de Gilgamesh.
Cette dynastie, d'origine étrangère, constitue un des moments majeurs de l'histoire mésopotamienne[6]. Elle reste mal connue, car cette période a laissé peu de sources, et celles-ci n'ont été que partiellement publiées. La chronologie jusqu'à la fin du XIVe siècle est très incertaine, et les aspects socio-économiques nous sont encore moins bien connus que pour les autres périodes. Pourtant il ne faut pas minimiser l'importance de la dynastie kassite. Elle voit l'établissement définitif du pouvoir de Babylone sur tout l'ancien Pays de Sumer et d'Akkad, qui devient alors le pays de Karduniash, la Babylonie, grâce au maintien au pouvoir dans cette ville de la dynastie la plus longue qu'est connue la Mésopotamie (quatre siècles). Cette stabilité est exceptionnelle pour l'histoire de l'Orient Ancien. À partir des Kassites, quiconque veut dominer la Mésopotamie du Sud doit régner à Babylone.
En 1595, le souverain babylonien Samsu-ditana est vaincu par Murshili, roi des Hittites, qui s'empare de la statue de Marduk située dans l'Esagil, le grand telmple de Babylone, et l'emporte dans son pays. Cette défaite signifie la fin d'une dynastie déjà très affaiblie au nord par les assauts de peuples divers, Hittites, Hourrites, et mise à mal au sud par la progression de la Dynastie du Pays de la Mer, mais aussi par celle des Kassites, qui avaient déjà attaqué Babylone par le passé. Après 1595, celui que la tradition mésopotamienne présente comme le dixième souverain de la dynastie des rois kassites (fondée par un certain Gandash, qui aurait régné dans la seconde moitié du XVIIIe siècle), Agum II, s'empare de Babylone après le sac de la cité par les Hittites. C'est le début de la troisième dynastie de Babylone (celle dite du Pays de la Mer étant considérée comme une dynastie de Babylone, bien qu'elle n'ait jamais réellement régné sur la ville), qui durera plus de quatre siècles.
De la longue histoire de la Babylone kassite, on sait pourtant très peu de choses. Seuls quelques évènements marquants nous sont connus. Le premier souverain kassite attesté comme roi de Babylone est Burna-Buriash I (successeur d'Agum II). Au début du XVe siècle, Ulam-Buriash, quatrième successeur d'Agum II, s'empare de Urukug, la capitale du Pays de la Mer, et annexe ce royaume. À partir de ce moment, la prépondérance de Babylone en Mésopotamie méridionale n'est plus contestée, et les souverains kassites sont maîtres de tout le pays de Sumer et d'Akkad, qui deviendra la Babylonie (ou Karduniash ce qui équivaut à "pays des Kassites"). Au sud, la domination kassite s'étend en direction du golfe Persique. Il semble que Bahreïn (l'antique Dilmun) est alors été gouvernée directement par le pouvoir babylonien, et donc aussi d'autres territoires du Golfe entre le Sud mésopotamien et cette île. Les souverains babyloniens ont apparemment jugé nécessaire de sécuriser l'accès à la vallée de la Diyala, qui ouvrait les routes commerciales vers le Plateau iranien, comme en témoigne la construction de Dûr-Kurigalzu.
La documentation sur la période kassite est peu abondante et a été peu étudiée, et on est donc peu renseigné sur les aspects socio-économiques de la Babylonie de cette époque. Le plus gros corpus est constitué par un lot de 15 000 archives retrouvées à Nippur, qui n'ont encore été que très peu étudiées. D'autres archives ont été retrouvées en quantité restreinte en d'autres endroits, mais elles non plus n'ont pas été bien publiées.
De ce fait, les Kassites ont pu gouverner le pays dans un certain calme. C'est à cette époque que Babylone est devenue la capitale culturelle de la Mésopotamie, détentrice du savoir des Sumériens désormais disparus. On a ainsi écrit de nombreuses œuvres littéraires à cette époque, fait des progrès dans la technique et les sciences. Les Kassites n'ont d'ailleurs pas cherché à imposer leur culture, qui fut vite dominée par celle déjà en place dans la région[7]. Les souverains de cette période vont de plus rénover tout le pays, que ce soit ses temples et autres monuments, ses villes, ses canaux, et construire des forts pour défendre la pays. Le plus grand bâtisseur est un des deux ayant porté le nom Kurigalzu (on ignore lequel), qui construit une ville portant son nom, Dûr-Kurigalzu (actuellement Aqar Quf), et restaure Ur. La dynastie avait de deux divinités protectrices d'origines kassites, Shaqamuna et Shumaliya, qui disposent d'une chapelle dans le palais royal. Mais d'une manière générale ils ont assimilé la tradition mésopotamienne, et n'ont pas cherché à imposer leurs dieux ou leur culture.
Le pouvoir est toujours exercé par un roi vicaire des Dieux sur Terre. Pour faire connaître leurs réalisations, les rois kassites, en plus des habituelles inscriptions sur briques, font faire des kudurru, stèles portant des inscriptions et des images gravées. Ils sont les égaux des grands rois de la période, souverains d'Égypte, du Hatti, du Mitanni et d'Assyrie, avec lesquels ils entretiennent des relations diplomatiques, marquée par une correspondance abondante, et des échanges de présents. Ce système, avant tout attesté par les archives d'lettres d'el Amarna[8] en Égypte et de Hattusha la capitale hittite[9], est assuré par des envoyés appelés mār šipri, concerne d'importants produits de luxe, dont beaucoup d'or et de métaux précieux, échangés dans un système de dons et contre-dons, plus ou moins respectés par certains souverains (ce qui n'est pas sans entraîner de petites tensions), sous couvert de simples cadeaux d'amitié, d'hommages échangés lors de l'intronisation d'un roi par exemple. La période kassite a vu le maintien d'un étalon-or, en grande partie grâce à l'afflux d'or égyptien. C'est la seule fois que ce fut le cas en Babylonie antique. C'est l'akkadien babylonien (sous la forme dite médio-babylonienne) qui est la langue internationale, en continuité avec la période précédente.
Le roi était entouré par une cour constitué de nobles issus principalement de la noblesse guerrière kassite qui est au pouvoir à cette période : on trouve ainsi le šakrumaš (chef militaire), ou le kartappu (chef de la cavalerie). Les familles kassites sont regroupées selon un système tribal. L'administration est exercée en grande partie par les descendants des anciens fonctionnaires de la Ire Dynastie, qui se mêlent aux élites kassites, qui sont minoritaires. C'est donc en toute logique que l'on retrouve globalement le système administratif de la période précédente. Des ministres (sukkalu), appartenant à la famille royale ou aux grandes maisons assistent le roi dans l'exercice du pouvoir. Le personnel administratif est quand même en majorité issu de familles babyloniennes de souche[10].
Le territoire est divisé en provinces dirigées par des gouverneurs (šaknu ou bēl pahāti), tandis que l'autorité municipale est exercée par un agent royal (hazannu), qui sert de relais entre le pouvoir central et les communautés locales dirigées par un conseil d'Anciens. Des qīpūtū (singulier qīpu, "homme de confiance") servent d'inspecteurs royaux dans les provinces. Le royaume kassite est polarisé autour des grands centres urbains qui constituent les capitales provinciales, à l'exemple de ce qui se passe à Nippur, où la gouverneur porte le titre de GU.EN.NA, semble disposer d'un régime particulier, pet possède un vaste domaine foncier.
Cette période a vu les villes moyennes perdre de l'importance au profit de l'extension de ces grandes cités, ainsi que la prolifération de bourgades et villages de taille moindre. D'une manière générale, les rois kassites ont su implanter un système administratif relativement centralisé, qui est resté solide sur une très longue période.
Les familles des élites tendent à adopter un système de "maisons" (akkadien bītu), dirigées par des chefs (bēl bitī, "chefs des maisons", toujours en akkadien), et se revendiquant d'un ancêtre commun. Cela est couramment interprété comme une preuve d'un mode d'organisation en tribus des nobles kassites, disposant chacun d'un territoire familial. Cette opinion a été récemment contestée, et on a proposé de voir dans ces "maisons" des domaines familiaux hérités d'un ancêtre[11].
L'économie est toujours dominée par les grands organismes, le palais et les temples. Ils possèdent des grands domaines, dont une partie est concédée par le palais en tenure à des fonctionnaires. L'un des rares aspects de l'économie de la période kassite pour lequel nous soyons bien renseignés est celui des donations de terres effectués par le roi, en attendant la publication des milliers de tablettes inédites pouvant contribuer à améliorer notre connaissance de cette époque.
Ces transactions sont marquées sur des kudurru[12], dont une quarantaine ont été retrouvées pour la dynastie kassite. Il s'agit de stèles divisées en plusieurs sections : la description de la donation, avec les droits et devoir du bénéficiaire de la donations (taxes, corvées, avec parfois des exemptions), les malédictions, et souvent des reliefs Les kudurru étaient sans doute placés à l'origine dans les temples, sous la protection divine. Généralement la donation concerne un domaine très vaste, de 80 à 1 000 hectares (avec une moyenne de 250 ha). Les bénéficiaires de cela étaient des hauts dignitaires évoluant dans l'entourage du roi : hauts fonctionnaires, membres de la cour, voire de la famille royale, des généraux, des prêtres. La donation était sans doute faite en récompense de la loyauté de la personne, ou d'un acte ayant distingué celle-ci. Les grands temples de Babylonie recevaient aussi de grands domaines : l'Esagil, le temple de Marduk à Babylone, a ainsi reçu près de 5 000 ha à cette période. Ceci permet alors aux temples de disposer d'un poids économique énorme, ce qui n'est pas sans jouer un grand rôle par la suite. Quelquefois les donations s'accompagnaient d'exemptions de taxes ou de corvées. Dans les meilleurs cas, le bénéficiaire disposait même d'un pouvoir sur la population locale, qui se substituait à celui de l'administration provinciale (contre laquelle il était protégé par des clauses spéciales).
Ceci a été rapproché d'une pratique de type féodal. C'est sans doute faux[13], puisque les kudurru ne concernent en fait que des terres situées en marge de l'espace agricole, sans doute en friche au moment de la donation. Ce système ne paraît pas s'étendre à tous les terrains agricoles, qui restent pour une grande partie soumis au système prévalant à la période précédente. Le roi n'avait pas le pouvoir d'aliéner des champs comme il le désirait. À côté des élites subsiste sans doute un ensemble de propriétaires agricoles privés, qui reste impossible à appréhender faute d'archives ou d'archéologie rurale en Babylonie. Il y avait néanmoins là pour le souverain un moyen d'augmenter son autorité en renforçant ses liens avec les élites de son royaume. Il ne s'agit pas non plus d'une rétribution, puisque les services accomplis pour le compte du palais semblent surtout avoir été payés par des rations d'entretien pour cette période. Ceci peut aussi témoigner d'une extension de l'espace agricole par la mise en culture de terres situées aux marges (sans doute par extension du réseau d'irrigation).
L'économie de la Babylonie kassite est encore très mal connue, et on attend la publication de nouveaux textes pour en savoir plus. L'artisanat et le commerce local nous échappent totalement. Il semble que le commerce interrégional soit assez développé, notamment vers le golfe Persique (Dilmun/Bahreïn) et le Levant. Les lettres d'Amarna montrent des marchands babyloniens en affaire jusqu'en Palestine.
En constituant un royaume qui regroupe l'ancien foyer culturel de basse Mésopotamie, les pays de Sumer et d'Akkad, les rois babyloniens kassites deviennent les dépositaires de la tradition mésopotamienne. Leur ville s'affirme ainsi comme un centre religieux et culturel de premier plan pour tout le Proche-Orient: on recopie les grands textes mésopotamiens comme l'Épopée de Gilgamesh dans les autres royaumes du Proche-Orient. On a même retrouvé la trace d'un scribe babylonien en Égypte, à la cour du souverain Akhenaton. Babylone dépasse sur le plan culturel et religieux des cités plus anciennes comme Nippur ou Uruk, qui restent néanmoins importantes. Son dieu Marduk s'affirme, et il tend à occuper la première place du panthéon, ce qui est entériné plus tard, avec la rédaction de l'Enuma Elish, probablement sous la seconde dynastie d'Isin. Sur le plan littéraire, la période voit la rédaction de récits sapientaux présentant une vision plutôt pessimistes des rapports entre hommes et dieux, issus du milieu des temples de basse Mésopotamie : la Théodicée babylonienne, d'époque kassite, et aussi le Monologue du juste souffrant et le Dialogue du pessimisme, plus tardif. C'est également de cette période que l'on peut dater un récit sarcastique, le Pauvre hère de Nippur. On met aussi au point les versions définitives des grandes listes lexicales typiques de la tradition écrite mésopotamienne, ainsi que de grands hymnes aux dieux, dont le plus remarquable est celui dédié à Shamash.
Babylone se retrouve entraînée dans une série de conflits avec l'Assyrie lorsque Assur-uballit Ier, souverain assyrien, se libère de la domination du Mitanni vers 1365. C'est le début de l'affrontement pluriséculaire entre le sud et le nord de la Mésopotamie. Parce qu'il cherche des appuis contre le Mitanni, Assur-uballit se montre d'abord conciliant avec Babylone, dont le roi est alors Burna-Buriash II (qui au début voit d'un mauvais œil l'indépendance de l'Assyrie). Ce dernier épouse la fille du roi assyrien, qui lui donne un fils, Karahardash, qui monte sur le trône vers 1333, mais est aussitôt assassiné et Nazi-Bugash monte sur le trône. Assur-uballit I réagit et envahit Babylone pour introniser son autre petit-fils, Kurigalzu II, qui lui sera fidèle. Mais il n'agira pas de la même façon avec son successeur Enlil-nerari, contre lequel il provoque une guerre. La bataille ne trouve cependant pas vainqueur, mais au moins Babylone est libérée de l'influence assyrienne. Du côté élamite, la situation avec les rois Untash-Napirisha et Pihir-ishshan est arrangée par une politique de mariages. Quelques années plus tard, un nouveau conflit opposant Babylone à l'Assyrie se produit, tournant cette fois à l'avantage des premiers.
La situation contre l'Assyrie ne s'arrange pas les années qui suivent. Après quelques problèmes internes qui font un temps vaciller le pouvoir Kassite, Kashtiliash IV attaque l'Assyrie vers 1235, et s'empare d'Arbélès et de Rapiqum. Son adversaire Tukulti-Ninurta Ier contre-attaque, ne se contentant pas de le repousser, mais envahit la Babylonie et la ravage. Il impose alors des souverains fantoches en Babylonie. Cette situation ne plaît pas aux Kassites, qui se révoltent plusieurs fois et sont vaincus. Mais la situation devient de plus en plus difficile pour l'Assyrie, qui perd des forces dans ces combats. Et elle empire quand le roi élamite Kidin-Hutran III se mêle à la partie : il dévaste la région et rend la situation difficile pour les souverains imposés par les Assyriens, qui sont renversés l'un après l'autre. Adad-shuma-iddina, qui règne à Babylone, est renversé par les dignitaires de cette ville vers 1217, à la suite d'une autre attaque de Kidin-Hutran. Au début du XIIe siècle, le roi kassite Adad-shum-usur réussit à vaincre le roi assyrien Enlil-Kudurri-Usur qu'il capture. Il peut ainsi reprendre pied à Babylone en même temps qu'il plonge l'Assyrie dans une période de troubles internes.
Au sortir de ces conflits, la Babylonie et l'Assyrie sont considérablement affaiblies. La première a connu des années de conflits qui ont dévasté son territoire, tandis que la seconde a été perdue des forces dans ces combats et connaît des troubles internes.
À partir de 1200, l'Élam, où la nouvelle dynastie des Shutrukides a pris le pouvoir, devient de plus en plus menaçant. Et en 1160, alors que Marduk-apla-idina avait réussi à stabiliser le pouvoir à Babylone, l'élamite Shutruk-Nahhunte attaque envahit Babylone et la prend. Il nomme son fils Kutir-Nahhunte gouverneur de la région, mais un kassite du nom d'Enlil-nadin-ahhe reprend le pouvoir momentanément, avant d'être destitué, au cours d'une nouvelle prise de la ville par les Élamites, qui s'achève par un pillage. Ainsi prend fin, après plus de quatre siècles, la dynastie kassite.
La chute de la dynastie kassite marque le début d'une longue période d'affaiblissement du royaume babylonien, parallèle à une crise touchant la Babylonie, qu'elle entretien sans doute autant qu'elle en est la conséquence. Les invasions de nouveaux peuples (Araméens, Chaldéens) modifient profondément le paysage ethnique de la Babylonie à l'orée du Ier millénaire, tandis que l'affirmation et l'Assyrie précédant sa conquête de la Babylonie bouleversent la situation politique[14].
Les Élamites poursuivent sur leur lancée sous le règne de Shilhak-Inshushinak, qui progresse vers le nord jusqu'à Arrapha, après s'être emparé des provinces orientales de l'Assyrie. Mais il ne va pas plus loin, et, dans l'ancien pays de Sumer, laissé indépendant, une nouvelle dynastie, dite "IIe dynastie d'Isin" (ville d'où sont originaires ses rois), a pris le pouvoir, et son troisième souverain Ninurta-nadin-shumi s'empare de Babylone en 1130. Le fils de celui-ci, Nabuchodonosor Ier, se retrouve en guerre contre le roi élamite Hutelutush-Inshushinak, qu'il vainc après deux offensives, lavant ainsi l'affront fait à son pays. Son petit-fils Marduk-nadin-ahhe attaque l'Assyrie, mais son adversaire Teglath-Phalasar Ier le repousse et envahit la Babylonie, avant d'être lui-même arrêté. Après cette défaite, son fils Adad-apla-idina doit résister aux assauts de tribus barbares, et, en 1024 meurt Nabû-shum-libur, dernier roi de la IIe dynastie d'Isin.
Après cela, un kassite nommé Simbar-Shipak règne seize ans, et fonde la IIe dynastie du Pays de la Mer, qui prend fin en 1006, après son troisième successeur, et est remplacée par la dynastie de Bazi, fondée par un cheik d'origine inconnue, nommé Elam-shakin-shumi, venant probablement d'une tribu vivant dans la région entre le Tigre et l'Euphrate au niveau de Babylone, et qui dure jusqu'en 986. La dynastie suivante est fondée par un soldat élamite, Mar-biti-apla-usur, et ne connaît que ce seul roi. Enfin, la dynastie suivante, fondée par Nabû-mukin-apli en 977, est plus longue, mais le pays n'en connut pas pour autant une plus grande stabilité.
Ces troubles politiques sont communs à tout le Moyen-Orient de la fin du IIe millénaire et du début du Ier millénaire, amis touchent plus tardivement la Mésopotamie que le Proche-Orient. En Syrie et en Mésopotamie, c'est l'arrivée des Araméens qui constitue un grand facteur de troubles. Ils finissent par fonder plusieurs royaumes sur le haut Euphrate et encerclent l'Assyrie. Ils parviennent même jusqu'en Babylonie, et Nabû-mukin-apli semble avoir été l'un des premiers à les avoir affrontés. Mais ils ne sont pas les seuls à causer des problèmes en cette région, et d'autres tribus nomades, comme les Sutéens, déjà installés dans la région depuis un certains temps, attaquent fréquemment les villes, ce qui explique les troubles que traverse la région. À ceux-ci viennent s'ajouter de nouveaux arrivants, tels que les Gambuléens dans les régions du Zagros les plus proches de Babylone, et surtout, en Babylonie même, les Chaldéens, qui devinrent rapidement très influents. Ces derniers étaient comme les Araméens divisés en maisons (bītu), mais, à la différence de ces derniers, ces tribus n'étaient en Babylonie qu'au nombre de cinq, avec trois plus importantes (le Bīt-Yakîn, le Bīt-Dakkuri et le Bīt-Amukkani). Les Chaldéens sont plus puissants que les autres nouveaux peuples de la région, et s'installent progressivement dans l'extrême sud, le Pays de la Mer, région marécageuse, où il est très difficile de les attaquer. Ils deviennent de plus en plus actifs au cours du temps, et affermissent leur puissance sous la domination assyrienne.
L'administration de la Babylonie vers la fin de l'époque médio-babylonienne reste globalement la même que celle de l'époque kassite. Le roi est toujours aidé par des sukkalu, ses "ministres", mais d'autres titres apparaissent, à côté de ceux hérités de la période kassite. Mais leurs fonctions restent imprécises. Des chefs de tribus (bēl bītī) ont toujours une grande influence, bien que maintenant ils soient surtout chaldéens et araméens. Les provinces (pāhatu), sont encore dirigées par des gouverneurs (bēl pahāti ou šaknu). Les impôts sont prélevés par des rab alāni ("chefs de villes"), assistés par des hazianu. On trouve aussi d'autres personnages tels que le massû, qui exerce une fonction judiciaire, ou le šakin tēmi, qui assiste les gouverneurs des provinces. Les temples sont désorganisés par la crise des XIe-Xe siècles, et leurs activités religieuses et économiques diminuent considérablement. Il faut alors que les rois prennent les choses en main pour les réorganiser. Les donation royales continuent comme à la période précédente, et sont toujours inscrites sur des kudurru.
A fin du Xe siècle, un évènement déterminant se produit dans le nord mésopotamien, en Assyrie, en 911 : Adad-nerari II prend le pouvoir, et redresse la situation dans son pays, avant de lancer une attaque en Babylonie, où règne alors Shamash-mudammiq, qui avait subi quelques années auparavant une attaque élamite. Il s'empare des provinces septentrionales du royaume du sud. Le souverain babylonien suivant, Nabû-shumi-ukin, contre-attaque, et réussit à repousser la frontière avec l'Assyrie plus au nord. Son successeur Nabû-apla-idin renforce le pouvoir babylonien, face aux tribus de Sutéens notamment. Mais la situation change lorsque le roi suivant, Marduk-zakir-shumi, dut faire face à une crise de succession, son frère tentant de le renverser. Il fait alors appel à l'assyrien Salmanazar III pour résoudre la situation. Ce dernier l'aide à vaincre les rebelles, et poursuit même son offensive vers le sud, pillant les tribus chaldéennes. Alors que l'Assyrie était en position de force, la situation se retourna quelques années plus tard, quand l'assyrien Shamshi-Adad V fit à son tour appel à Marduk-zakir-shumi pour faire face à une révolte. Le Babylonien l'aida à remporter la victoire, et devint son protecteur. Mais Shamshi-Adad ne supportait pas la situation, et aussitôt Marduk-zakir-shumi mort en 818, il attaqua le nouveau roi de Babylone Marduk-balassu-iqbi, et le vainquit une première fois, avant de retourner en Babylonie en 813 pour en terminer avec son adversaire. Un babylonien nommé Baba-ah-idin tenta de mener la résistance contre l'envahisseur, mais il fut vite vaincu. Shamshi-Adad V combattit ensuite les Chaldéens.
À partir de cette défaite, Babylone n'a plus de pouvoir stable. Ce sont donc lprincipalement les Chaldéens qui vont tenter de résister face à des Assyriens de plus en plus puissants, en s'alliant à l'ocasion avec les Babyloniens de souche. Pendant près d'un demi-siècle, quelques rois vont tenter tant bien que mal de régner sur la Babylonie, mais la région est alors dans un tel chaos que l'on sait très peu de choses sur les évènements qui se produisent, et même certains noms de rois se sont perdus. Les premiers souverains de Babylone qui sont d'origine chaldéenne, arrivés au pouvoir au début du VIIIe siècle, ont beaucoup de mal à rétablir l'ordre. Quand c'est le babylonien Nabonassar qui prend le pouvoir en 747, il fait appel à l'assyrien Teglath-Phalasar III pour l'aider à améliorer la situation dans son royaume, et à vaincre les Chaldéens et les Araméens. Ce dernier accepte, et déporte les adversaires de Nabonassar vers le nord. Il en profite pour établir un contrôle étroit sur Babylone, qui devient un protectorat de l'Assyrie. Mais le fils de Nabonassar, Nabû-zadin-zeri, est renversé par un dénommé Nabû-shuma-ukin II, qui est à son tour vaincu par le chaldéen Nabû-mukin-zeri, le tout en l'espace de deux années, de 733 à 731. Teglath-Phalasar III, qui perd le contrôle qu'il exerçait sur Babylone avec l'arrivée au pouvoir des Chaldéens, décide d'intervenir dans le Sud, renverse Nabû-mukin-zeri, et monte lui-même sur le trône de Babylone, sous le nom de Pulû. À partir de 728, l'Assyrie est maîtresse de la Babylonie.
Deux ans après sa prise de pouvoir, Teglat-Phalasar III/Pulû meurt. Son fils Salmanazar V continue de régner à la fois sur l'Assyrie et sur Babylone, où il prend pour nom Ulûlaiu. Mais les Babyloniens ne comptaient pas se laisser faire, et organisent une farouche opposition, avec l'aide des Élamites, qui craignent la progression des Assyriens. À partir de ce moment, la Babylonie va connaître un siècle de résistances à l'occupation de son voisin du nord, et l'esprit de résistance y est de plus en plus fort au cours du temps, et les résistants de plus en plus actifs et unis[15].
Lorsque Salmanazar V est évincé par Sargon II en 722, le chef de la tribu chaldéenne du Bīt-Yakîn, Merodach-baladan II, petit-fils de l'ancien souverain babylonien Eriba-Marduk, profite du trouble jeté en Assyrie pour s'emparer du trône de Babylone. Il soumet de toute la région, évinçant tout ses opposants. Sargon II, occupé dans d'autres régions, laisse Merodach-baladan II en paix pendant douze ans. Mais, en 710, il attaque les Babyloniens et leurs alliés Élamites. Il repousse ses adversaires vers le sud, et s'empare de Dūr-Yakîn, la capitale du Bīt-Yakīn, avant de se livrer au pillage de toute la région. Mais Merodach-baladan II a eu le temps de lui échapper et de s'enfuir en Élam.
Après la mort de Sargon II en 705, son fils Sennacherib lui succède. Deux ans plus tard, Merodach-baladan revient d'Élam, et reprend le pouvoir à Babylone. L'Assyrien envoie ses troupes en Babylonie, qui est mise à sac, bien que le vaillant Chaldéen leur échappe encore. Il reviendra en 700, une nouvelle fois soutenu par les Élamites, ce qui provoquera une nouvelle invasion de la Babylonie par les Assyriens, qui le repoussent encore. S'il réussit à s'enfuir une troisième fois, dans les marécages du sud d'où il ne revient plus jamais. Pendant ces quelques années, Sennacherib a confié le trône de Babylone à des hommes de confiance, d'abord le babylonien Bel-ibni, qui a été élevé en Assyrie, et ensuite, après que ce dernier se soit révélé incapable à faire face à Merodach-baladan, à Assur-nadin-shumi, son fils aîné. Mais ce dernier ne tient que cinq ans, et il est renversé en 694 par les Babyloniens qui le livrent au roi d'Élam, qui l'emmène dans son pays et le fait exécuter. Deux souverains chaldéens occupent successivement le pouvoir à Babylone : Nergal-mushezib, puis Mushezib-Marduk. Mais ce dernier est tué en 689 lors de la réplique de Sennacherib. Exaspéré par la résistance acharnée des Babyloniens et par la mort de son fils aîné, il décide de porter un coup fatal à la ville qui lui cause tant de troubles. Il ordonne le massacre ou la déportation des habitants de la région, puis le pillage et la destruction de la ville sainte, et emportera la statue de Marduk à Assur. La ville met quelques années à se remettre de cette destruction, qui fut ressentie comme un sacrilège en Babylonie du fait du caractère sacré de la ville. Sennacherib est par la suite assassiné par son fils Arad-Mulissu.
Son fils Assarhaddon, qui prend le pouvoir en Assyrie après une guerre civile, tente de regagner le cœur des Babyloniens, et ordonne la reconstruction des grands monuments de la ville, ainsi que la restitution des terres perdues par les habitants de la région au cours de cette période troublée. La région restera d'ailleurs calme tout le long de son règne. À sa mort, alors que le trône d'Assyrie revient à Assurbanipal, c'est son frère Shamash-shum-ukin qui devient roi de Babylone, tout en étant soumis à son frère malgré une certaine autonomie. Il ramène en 668 la statue de Marduk à Babylone, et semble avoir été adopté par la population, au point que, après seize ans de règne en paix, gagné par l'esprit de rébellion babylonien, il se révolte à son tour contre Assurbanipal en 652, avec l'aide chaldéenne et élamite. Alors qu'il convoitait le trône d'Assyrie, Shamash-shum-ukin est repoussé par son frère, qui assiége Babylone durant deux ans, de 650 à 648. Au bout de ces deux années, Shamash-shum-ukin, devant l'évidence de sa défaite, se suicida en incendiant son palais.
Après cette nouvelle révolte, la ville subit une nouvelle répression, moins violente cependant que celle de Sennacherib. Assurbanipal donna le trône de la ville à Kandalanu, qui lui fut fidèle. Lorsqu'ils moururent tous les deux en 627, une révolte de palais éclata en Assyrie, et annonçait le début de la fin de ce puissant empire.
À la mort d'Assurbanipal, son fils Assur-etil-ilani lui succède. Mais le frère du nouveau roi, Sîn-shar-ishkun, se révolte contre celui-ci, et prend le pouvoir à Babylone, d’où il chasse un ancien général assyrien ambitieux qui avait tenté de monter sur le trône de cette ville. Au même moment, le gouverneur du Pays de la Mer, un Chaldéen nommé Nabopolassar, profite de la situation pour faire à son tour sécession. Il va laisser dans un premier temps les deux frères régler leurs compte, et regrouper ses troupes. Sîn-shar-ishkun défait Assur-etil-ilani et monte sur le trône assyrien. Nabopolassar profite de la situation pour s’emparer de Babylone, ce qui oblige le nouveau souverain assyrien à l'attaquer. Cette guerre ravage quelques temps la Babylonie avant de se poursuivre plus au nord. Sîn-shar-ishkun, n’a pas le temps de se désengager et de laisser le sud à Nabopolassar puisque Cyaxare, roi des Mèdes, s'allie avec le chaldéen pour détruire l’Assyrie. Les armées babyloniennes repoussent les Assyriens vers leur pays, tandis que les Mèdes attaquent au nord. Assur tombe en 614, puis Kalkhu peu de temps après, et enfin Ninive en 612. Les dernières poches de résistance assyriennes sont éliminées à Harran en haute Mésopotamie en 609. Ainsi, Babyloniens et Mèdes ont réussi à faire chuter l'Empire assyrien, et peuvent se partager ses restes.
Cyaxare semble en fait avoir reçu peu de territoires de l’ancien royaume assyrien. Il ne prendra que l’est de l’Élam oriental (l’Anshan), et la haute Mésopotamie. Nabopolassar reçoit donc la Mésopotamie, l’ouest de l’Élam (la Susiane), la Syrie et le Levant. Ces deux dernières régions n’ont cependant pas l’intention de passer dans les mains d’un nouvel occupant, et elles ne veulent pas rendre l’indépendance acquise pendant la guerre. Les Babyloniens doivent donc se rendre à l’ouest pour prendre possession de ces régions.
Nabopolassar, désormais âgé, confie la direction des opérations à son fils aîné Nabuchodonosor, continue de régner sur Babylone et rénove la ville. Son fils mène ses armées en Syrie à Karkemish où l’armée égyptienne a pénétré pour prêter main-forte aux habitants de la région. Il lui faut deux ans pour renforcer ses lignes arrières, puis il passe à l’action en 605, et écrase la coalition adverse. Il peut ensuite diriger ses troupes vers la Palestine, qui est sur le point de tomber lorsqu’il apprend la mort de son père et qu’il doit rentrer à Babylone. Il monte sur le trône en septembre 605.
Lorsqu'il devint roi, Nabuchodonosor II ne manquait ni d'expérience, ni d'ambition. Il voulait poursuivre l'œuvre de son père et rendre à son royaume son prestige passé. Aussitôt sa prise de pouvoir officialisée, il retourna sur les bords de la Méditerranée, où le souverain d'Ashalon s'était révolté, et où il voulait aussi affirmer sa domination sur les souverains des royaumes de Phénicie, et aussi sur le roi de Juda. Mais les Égyptiens étaient toujours présents dans la région pour soutenir ces derniers. En 601, le choc entre les opposants, Babyloniens d'un côté, Égyptiens et alliés de l'autre, eut lieu. Nabuchodonosor essuya une défaite, et du se retirer dans ses forteresses de Syrie. Il décida d'attaquer dans une autre direction, en Arabie, l'année suivante, et fut victorieux. Puis il retourna au Levant pour recevoir le tribut des souverains de la région. Celui de Juda, Joiakim, refusa de payer, et dut subir la répression : sa capitale Jérusalem fut assiégée puis prise en 597, et il perdit la vie, son fils Joakin et les autres notables et lettrés du royaume étant déportés à Babylone. Pour mieux contrôler la région, Nabuchodonosor bâtit un fort à Riblah, au Liban. Mais cela n'empêcha pas les rois locaux de continuer à se révolter, et d'être le principal souci du souverain chaldéen. Une révolte eut aussi lieu en Babylonie même en 593, et fut vite réprimée avec violence.
En 589, les Égyptiens s'emparèrent de Gaza, et assiégèrent Tyr et Sidon. Puis ils formèrent une coalition avec les Phéniciens, à laquelle se rallia Sédécias, le nouveau roi de Juda, pourtant à ce poste grâce à Nabuchodonosor II. Celui-ci revint donc à Riblah, d'où il prépara sa contre-attaque. Il assiégea Jérusalem en 588, et après près de deux ans de siège, la ville tomba. Les fils de Sédécias furent tué, puis il fut mutilé et déporté à Babylone avec la majorité des élites de son royaume. Jérusalem fut ensuite brûlée. Parallèlement, Tyr était aussi assiégée. Cette fois-ci, la situation mit plus de temps à se résoudre, et ce ne fut qu'au bout de treize années que Nabuchodonosor II put faire entrer ses troupes dans la ville. En 585, le Babylonien arbitra un conflit opposant son allié le Mède Cyaxare au roi Alyatte de Lydie, et en profita pour s'emparer de quelques villes en Cilicie. Peu après, la Palestine se révolta en 582, et sa population avait été déportée. La situation au Proche-Orient ne s'arrangea qu'en 568, lorsque Nabuchodonosor II mit en déroute les Égyptiens près de Gaza.
La fin du règne de Nabuchodonosor II est obscure, et on sait qu'il mourut en 562 à Babylone, de maladie probablement. Durant toutes ces années, il n'avait cessé d'embellir les grandes villes de la Mésopotamie, et, en premier, sa capitale Babylone, qui devint la plus renommée des cités de l'Orient, dont le souvenir est passé à la postérité[16]. Ce monarque aura aussi étendu l'Empire de Babylone à son maximum historique.
Après le règne de Nabuchodonosor II, Babylone ne retrouvera plus la stabilité politique, à cause de trop grands conflits au sommet du pouvoir.
Le fils de Nabuchodonosor II, Amêl-Marduk ne régna que deux ans au cours desquels le seul acte notable fut la libération de Joakin, roi de Juda. Il fut assassiné au cours d'une révolution de palais mené par Nériglissar.
Nériglissar[17] était un homme influent à la cour de Babylone. Ayant participé à des opérations militaires du temps de Nabuchodonosor II, il occupait la fonction de simmagir, était gouverneur d'une province à l'est, à la frontière avec le royaume Mède, et, de plus était le gendre de l'ancien roi. Il n'eut que peu de temps pour régner, en raison probablement de son âge avancé. Il mena cependant une campagne en Cilicie, et fit bâtir et restaurer quelques monuments à Babylone.
À sa mort en 556, son fils Labasi-Marduk monta sur le trône. Ce dernier, petit-fils de Nabuchodonosor II par sa mère, était très jeune et peu autoritaire. Il fut donc assassiné l'année même de son intronisation par des dignitaires de la cour.
Ce furent les deux chefs de la révolte, Nabonide et son fils Balthazar qui prirent le pouvoir[18]. Nabonide était depuis longtemps un personnage important à la cour de Babylone, mais il n'avait toutefois, et à la différence de ses prédécesseurs, aucun lien de parenté avec Nabuchodonosor II, et n'était sans doute pas chaldéen. Il semble aussi avoir été opposé à Nériglissar. Il était probablement assez âgé lors qu'il accéda au pouvoir, et est sans doute devenu roi avant tout pour que son fils lui succède.
Cependant, Nabonide régna seize ans, durant lesquels il rencontra de nombreuses difficultés. Les révolutions de palais qui avaient ébranlé la cour royale n'avaient eu aucune conséquence dans l'Empire, qui restait assez calme (après tout Nabuchodonosor II n'était mort que depuis six ans lorsque Nabonide monta sur le trône). Une fois au pouvoir, il fit ce qu'un souverain de Babylone faisait d'odinaire : il rendit le culte, rénova les monuments, et mena même une campagne en Cilicie. cependant, il fut fortement contesté en raison de son attitude religieuse. Originaire de Harran, l'un des deux lieux de cultes principaux de Sîn, dieu-soleil, il vouait à ce dernier plus d'admiration qu'à Marduk, ce qui lui attira l'hostilité du clergé de Babylone. De plus, pour résoudre quelques problèmes au niveau économique, il augmenta le contrôle de l'État sur les temples. Devenu indésirable à Babylone, craignant d'être évincé, par son fils même, il partit d'abord mener une campagne en Palestine, avant de s'installer pendant dix ans à Teima, en Arabie, lieu de culte au dieu-soleil. La raison de cet exil si long est inconnue, et diverses théories sont avancées (problème au pouvoir, religion, influence de Balthazar, etc.).
Quoiqu'il en soit, c'est son fils Balthazar qui gouverne effectivement Babylone pendant ces années, sans être roi toutefois. S'il semble avoir été lui aussi un restaurateur et un bâtisseur, il a hérité d'une réputation d'homme peu habile en politique, et contesté. Lorsque Nabonide revient en 541, il réorganise son administration et évince quelques membres influents de la cour. Mais il reste sans doute contesté par une partie de sa cour.
L'organisation de l'Empire babylonien, est en gros identique à celle de l'Empire néo-assyrien, qu'il a remplacé, et dont il possédait à peu près les mêmes frontières, bien que les voisins soient alors moins turbulents avec les Babyloniens qu'ils l'étaient avec les Assyriens, les Mèdes étant les alliés (dans le premier temps) de Babylone, et ayant détruit l'Urartu, tandis que l'Élam n'était plus qu'un royaume faible, touchant à sa fin ; et l'Égypte était encore turbulente, mais sa puissance militaire était loin d'atteindre celle du royaume babylonien. Le contexte politique est donc plus clément pour les Babyloniens qu'il l'avait été pour leurs prédécesseurs, bien que des révoltes survinrent toujours.
La structure administrative babylonienne était calquée sur celle de l'Empire assyrien : au sommet, le roi, auquel l'on devait prêter serment de fidélité (l'adê, héritage assyrien). À ses côtés, à la cour, on trouvait en gros les mêmes dignitaires qu'en Assyrie, exception faite du turtānu (le général), qui disparaît, ainsi que du rab šaqē, le grand échanson, remplacé par le rab nahatimmu, le chef cuisinier, ancienne charge assyrienne, qui exerçait un rôle identique. Alors qu'en Assyrie le roi faisait et défaisait à sa guise son entourage, constitué en majorité de sa famille, les dignitaires Babyloniens étaient des nobles, chefs de tribus, dont on sait cependant peu de choses, sinon qu'ils participaient activement aux affaires de l'État, les archives palatiales babyloniennes étant limitées. On ne connaît donc pas autant de choses sur la vie de la cour babylonienne, des « Grands du pays d'Akkad », comme les appelle Nabuchodonosor II, que sur celle de la cour assyrienne, en l'absence d'archives royales.
Les provinces de l'Empire étaient soit administrées par des gouverneurs (le bēl pahāti, chef de circonscription, et le šaknu, préposé), ou bien laissées au roi du pays, simple vassal tant qu'il se tenait tranquille et satisfaisait le roi. On retrouve aussi le systèmes de villes franches mis en place en Assyrie, la plupart des cités de Babylonie étant dirigée par les administrateurs du temple de la divinité locale, et surtout le premier d'entre eux, le grand prêtre (šangu). D'une manière générale, les provinces sont restées les mêmes que sous les derniers maîtres du pays.
L'Empire est géré selon le modèle mis en place par les Assyriens, et les provinces et États vassaux doivent encore verser un tribut au roi babylonien, sous peine de le voir venir, pour dévaster le pays, voire déporter ses habitants comme ce fut le cas pour Israël. Il lève de plus des taxes et des impôts sur sa population et les temples. Mais l'État babylonien est d'une manière générale trop dépensier, et surtout n'enregistre pas assez de rentrées d'argent dans le trésor royal pour tout ce qui en sort. Redonner du prestige à toutes les villes du pays de Sumer et d'Akkad est très coûteux, et ce faste n'est pas sans poser des problèmes à l'Empire babylonien.
Les temples et les palais les plus puissants disposaient de grandes propriétés, pouvant couvrir jusqu'au trois quarts des territoires où ils se trouvaient (qu'ils administraient par ailleurs). C'est à eux qu'appartenaient donc les plus grands champs céréaliers, les grands jardins, les palmeraies, et le bétail destiné à un élevage dans des quantités assez importantes. L'administration des temples est bien par les archives de l’Ebabbar de Sippar et surtout l’Eanna d’Uruk. Les temples disposaient de leur administration propre, qui reste tout de même soumise en dernier recours au pouvoir royal. Celui-ci reste en effet le principal pourvoyeur des temples. Nabonide accroît son contrôle sur les temples en installant un de ses représentants dans le collège dirigeant l’administration de ces organismes, aux côtés du šatammu, qui dirige la gestion du temple. Des domaines appartenant au palais, on ne sait en revanche presque rien.
Les « cultivateurs » (ikkaru), qui exploitaient les terres pour leur propre subsistance et celle de leur famille tout en versant une redevance (sūtu) à l'organisme propriétaire du domaine, fixée au préalable après une estimation des rendements (immitu), qui avait lieu avant le début de la culture. Le système de fonctionnement des palmeraies est différent, car l'exploitant (le nukarribu, « jardinier ») est un simple salarié rémunéré par le propriétaire du domaine sur lequel il travaille.
Les grands temples employaient des oblats (širku), qui ne sont pas tous des esclaves. Ils ne sont de plus pas tous des ouvriers agricoles, et certains occupent une position plus élevée que les autres et disposent d'un niveau de vie convenable. Mais la plupart sont des petits paysans, jardiniers ou artisans. Ils sont dirigés par un chef, le rab širki (« chef des oblats »), et logent dans une demeure qui leur est réservée, le bīt širki (« maison des oblats »).
L'exploitation des domaines temples était organisée selon un système très hiérarchisé. Ainsi, il existait des responsables des exploitations agricoles (rab ikkāri), et des responsables de l'élevage (rab būli et rē'i sattuki). Les cultivateurs étaient divisés en petits groupes, les « charrues » (epinni ; ce nom vient du fait qu'ils disposaient d'une charrue et de son attelage par groupe), dirigés par des rab epinni (« chef de charrue »). Mais les temples n'exploitaient pas toutes leurs terres, et ils en confiaient une partie à des errešu, métayers leur laissant en général la moitié de leur production. Ce système avait pour avantage de désengager le temple de la mise en valeur de cette partie de sa propriété, et il pouvait ainsi laisser ses moins bonnes terres aux bons soins de petits exploitants tout en s'assurant de toucher une part avantageuse de son produit. Vers la fin de l'ère néo-babylonienne sont apparues les fermes générales, possessions des temples exploitées p